«Par le Dieu vivant! cet homme est fou! Je crois, monsieur le grand inquisiteur, que nous voici débarrassés du bravache, sans que nous y soyons pour rien. J'en suis fort aise, car, ainsi, mon bon cousin de Navarre ne pourra me reprocher d'avoir manqué aux égards dus à son représentant.

—Je le crois aussi, sire, répondit d'Espinosa avec son calme accoutumé.

—Vous croyez donc, sire, et vous, monsieur, que le sire de Pardaillan va être mis à mal par ce fauve? intervint délibérément Fausta.

—Par Dieu! madame, ricana le roi, je ne donnerais pas un maravédis de sa peau.

Fausta secoua gravement la tête et, avec un accent prophétique qui impressionna fortement le roi et d'Espinosa:

—Je crois, moi, dit-elle, que le sire de Pardaillan va tuer proprement cette brute.

—Qui vous fait croire cela, madame? fit vivement le roi.

—Je vous l'ai dit, sire: le chevalier de Pardaillan est au-dessus du commun des mortels, même si ces mortels ont le front ceint de la couronne. Non, sire, le chevalier de Pardaillan ne périra pas encore dans cette rencontre, et, si vous voulez le frapper, il faudra recourir au moyen que je vous ai indiqué.

Le roi regarda d'Espinosa et ne répondit pas, mais il demeura tout songeur.

Le taureau, cependant, en voyant se dresser soudain devant lui cet adversaire inattendu, s'était arrêté comme s'il eût été étonné.