Après cet instant de courte hésitation, il baissa la tête, visa son adversaire et, presque aussitôt, il la redressa et porta un coup foudroyant de rapidité.
Pardaillan attendit le choc avec ce calme prodigieux qu'il avait dans l'action. Il s'était placé de profil devant la bête, solidement campé sur les pieds bien unis en équerre, le coude levé, la garde de la dague, longue et flexible, devant la poitrine, la tête légèrement penchée à droite, de façon à bien viser l'endroit où il voulait Frapper.
Le taureau, de son côté, ayant bien visé son but, fonça tête baissée, et vint s'enferrer lui-même.
Pardaillan s'était contenté de le recevoir à la pointe de la dague en effaçant à peine sa poitrine.
Enferré, le taureau ne bougea plus.
Et, alors, ce fut un instant d'angoisse affreuse parmi les innombrables spectateurs de cette lutte extraordinaire.
Que se passait-il donc? Le taureau était-il blessé? Était-il touché seulement? Comment et pourquoi demeurait-il ainsi immobile?
Et le téméraire gentilhomme, qui semblait mué en statue! Que faisait-il donc? Pourquoi ne frappait-il pas de nouveau? Attendait-il donc que le taureau se ressaisît et le mît en pièces?
Et le silence angoissant pesait lourdement sur tous.
A vrai dire, le chevalier n'était guère plus fixé que les spectateurs.