—Parlons sérieusement. Savez-vous que vous êtes en droit de me garder quelque rancune de ce coup qu'il vous plaît de qualifier de merveilleux?
—Dieu me soit en aide! Et comment? Pourquoi?
—Parce que, sans ce coup-là, à l'heure qu'il est, je crois bien que le seigneur Barba Roja aurait rendu son âme à Dieu.
—Je ne vois pas...
—Ne m'avez-vous pas dit que vous lui vouliez la malemort? Je crois me souvenir vous avoir entendu dire qu'il ne mourrait que de votre main.
En disant ces mots, Pardaillan étudiait de son oeil scrutateur le loyal visage de son jeune ami.
—Je l'ai dit, en effet, répondit le Torero, et j'espère bien qu'il en sera ainsi que je désire.
—Vous voyez donc bien que vous avez le droit de m'en vouloir, dit froidement le chevalier.
Le Torero secoua doucement la tête:
—Quand je suis parti à peine vêtu, comme vous le voyez, je courais au secours d'une créature humaine en péril. Je vous jure bien, chevalier, qu'en allant tenter le coup que vous avez si bien réussi je n'ai pas pensé un seul instant que j'agissais au profit d'un ennemi.