—A moins que le roi ne me chasse, ajouta-t-elle.
Philippe II la regarda d'un air étonné.
Sans lui laisser le temps de placer un mot, d'Espinosa répondit pour lui:
—Le roi ne vous chassera pas, madame. N'êtes-vous pas l'astre le plus resplendissant de sa cour? Aussi Sa Majesté, j'ose vous l'assurer, vous gardera près d'Elle aussi longtemps qu'Elle le pourra.
L'oreille la plus avertie n'aurait pu percevoir ni l'ironie ni la menace dans ces paroles d'une galanterie raffinée en apparence.
Fausta ne s'y méprit pourtant pas, et, en suivant d'un oeil froid la haute stature du grand inquisiteur devant qui chacun se courbait et s'effaçait, elle songeait, avec un imperceptible sourire aux lèvres:
«Va! Va donner des ordres pour qu'on me garde prisonnière à Séville jusqu'à ce que le pape de ton choix soit désigné pour succéder à Sixte! Sans t'en douter tu fais mon jeu, comme tu l'auras fait en me débarrassant de Montai te et de Sfondrato.»
Cependant le roi, averti par le coup d'oeil d'Espinosa, s'écria de son air le plus aimable:
—Hé quoi! madame, vous songeriez à nous quitter?
—Au contraire, sire, je manifestais mon intention de prolonger mon séjour à la cour d'Espagne. A moins que Votre Majesté ne me chasse, ai-je ajouté.