Si haut placé que fût d'Espinosa, prince de l'Eglise, grand inquisiteur d'Espagne, la désinvolture avec laquelle il se permettait de l'interroger sur ses projets ne laissa pas de la piquer. Aussi, ne voulant pas se fâcher en présence du roi, elle se fit glaciale pour demander à son tour:

—A quel sujet?

—Au sujet de la succession du pape Sixte V.

—Eh! dit Fausta d'un air souverainement détaché, en quoi cette succession peut-elle m'intéresser?

D'Espinosa posa sur elle son oeil lumineux, et lentement, avec une insistance lourde de menaces:

«N'avez-vous pas tenté certaine entreprise, dont l'insuccès vous a valu une condamnation à mort? N'avez-vous pas, durant de longs mois, été la prisonnière de celui qui fut votre vainqueur et dont on vient de vous annoncer la mort? Ne trouverez-vous pas l'occasion propice et ne serez-vous pas tentée de reprendre vos projets momentanément abandonnés?

—Je vous entends, cardinal, mais rassurez-vous. Ces projets n'existent plus dans mon esprit. J'y renonce librement. Le successeur de Sixte, quel qu'il soit, ne me verra pas me dresser sur son chemin.

—Ainsi, madame, cette mort ne change rien à nos conventions? Vous n'avez pas l'intention de regagner l'Italie, Rome?

—Non, cardinal. J'entends rester ici.

Et, se tournant vers Philippe II qui, tout en paraissant s'intéresser à la course, ne perdait pas un mot de cette conversation: