Fausta surprit le coup d'oeil de l'un et le signe d'intelligence de l'autre. Elle comprit et elle pensa:
«D'Espinosa va me débarrasser de ces deux hommes. Sans le savoir et sans le vouloir, il me rend service, car ces deux fous d'amour commençaient à me gêner plus que je n'aurais voulu.»
Et sa pensée se reportant sur Sixte-Quint qui n'était plus:
«Le vieil athlète est donc mort, enfin! Qui sait si je ne ferais pas bien de retourner là-bas? Pourquoi ne reprendrais-je pas l'oeuvre gigantesque? A présent que Sixte-Quint n'est plus, qui donc serait de force à me résister?»
Et son oeil se reportant sur le roi qui paraissait réfléchir profondément:
«Non, dit-elle, fini le rêve de la papesse Fausta. Fini! momentanément. Ce que j'entreprends ici ne le cède en rien en grandeur et en puissance à ce que j'avais rêvé. Et qui sait si je n'arriverai pas ainsi plus sûrement à la couronne pontificale? Puis il faut tout prévoir: si je parais renoncer à mes anciens projets, on me laissera tranquille. Mes biens, mes États, sur lesquels le vieux lutteur avait mis la main, me seront rendus. En cas d'adversité, je puis me retirer en Italie, j'y serai encore souveraine et non plus proscrite. Et mon fils, le fils de Pardaillan! Je vais donc enfin pouvoir rechercher cet enfant sans crainte d'attirer sur lui l'attention mortelle de mon irréductible ennemi. Le trésor que j'avais prudemment caché, et dont Myrthis seule connaît la retraite, échappera à la convoitise de celui qui n'est plus. Mon fils, du moins, sera riche.»
Et avec une sorte d'étonnement:
«D'où vient que je me sens prise de l'impérieux désir de revoir l'innocente petite créature, de la serrer dans mes bras? Est-ce la joie de la savoir enfin à l'abri de tout danger?...»
A l'instant précis où elle se posait ces questions, d'Espinosa disait:
—Et vous, madame, que comptez-vous faire?