D'une voix dure, le roi demanda:
—Comment se fait-il que, sachant cela, madame, vous n'ayez pas cru devoir nous aviser?
Fausta allait pousser la bravade à un point qui pouvait lui être fatal. Déjà cette femme extraordinaire, dont le courage intrépide s'était manifesté en mainte circonstance critique, tourmentait la poignée de la mignonne dague qu'elle avait au côté; déjà son oeil d'aigle avait mesuré la distance qui séparait le balcon du sol et combiné qu'un bond adroitement calculé pouvait la soustraire au danger d'une arrestation immédiate; déjà elle ouvrait la bouche pour la suprême bravade et ployait les jarrets pour le saut médité, lorsque le grand inquisiteur, d'une voix apaisée, déclara:
—J'en ai appelé au témoignage de la princesse, assuré que j'étais de l'entendre confirmer mes paroles. Mais je n'ai pas dit que je la suspectais, ni qu'elle fût mêlée en quoi que ce soit à une entreprise folle, vouée à un échec certain (et il insista sur ces mots). Si la princesse n'a pas parlé, c'est qu'elle ne pouvait le faire sans forfaire à l'honneur. Au surplus, elle n'ignorait apparemment pas que je savais tout et elle a dû penser, à juste raison, que je saurais faire mon devoir.
La parole qui devait consommer sa perte ne jaillit pas des lèvres de Fausta, ses jambes prêtes à bondir se détendirent lentement, sa main cessa de tourmenter le manche de la dague, et, tandis qu'elle approuvait d'un signe de tête les paroles du grand inquisiteur, elle pensait:
«Pourquoi d'Espinosa me sauve-t-il? A-t-il simplement voulu me donner un avertissement? Il faut savoir. Je saurai.»
Apaisé par la déclaration du grand inquisiteur, le roi daignait s'excuser en ces termes:
—Excusez ma vivacité, madame, mais ce que me dit M. le Grand Inquisiteur est si extraordinaire, si inconcevable, que je pouvais douter de tout et de tous.
Fausta se contenta d'agréer les excuses royales d'un signe de tête d'une souveraine indifférence. Quant à d'Espinosa il reprit d'une voix grondante:
—Et maintenant, sire, que je vous ai dévoilé la vérité, maintenant que je vous ai montré ce que complotent les braves gens sur le sort de qui il vous plaît de vous apitoyer, je vais, me conformant aux volontés du roi, annuler les ordres que j'ai donnés, leur laisser le champ libre, leur donner toutes les facilités pour l'exécution de leur forfait.