—Par le sang du Christ! cardinal, pesez bien vos paroles! Vous jouez votre tête, monsieur! dit le roi presque à voix haute.

—Je le sais, dit froidement d'Espinosa.

—Et vous dites? Répétez! grinça Philippe.

—Je dis, gronda d'Espinosa, qu'un complot a été fomenté contre la couronne, contre la vie peut-être du roi. Je dis que ce complot doit éclater ici même, dans un instant. Je dis que ceci mérite un châtiment exemplaire, terrible, dont il soit parlé longtemps. Je dis que toutes mes dispositions sont prises pour la répression. Et j'en appelle au témoignage de la princesse Fausta ici présente.

Si maîtresse d'elle-même qu'elle fût, Fausta ne put s'empêcher de jeter autour d'elle ce regard du noyé qui cherche à quelle branche il pourra se raccrocher.

«D'Espinosa sait tout..., songea-t-elle. Comment? Par qui? Peu importe. Il se sera trouvé parmi les conjurés quelque traître qui, pour un titre, pour un peu d'or, n'a pas hésité à nous trahir tous. Je vais être arrêtée. Je suis perdue, irrémédiablement. Que n'ai-je amené mes trois braves Français!... Du moins ne mourrais-je pas sans combat!»

Ces réflexions passèrent dans son esprit avec l'instantanéité d'un éclair, et cependant son visage demeurait toujours calme et souriant. Et comme le roi, soupçonneux, se tournait vers elle et disait:

—Vous avez entendu, madame? Parlez! Par le Ciel, parlez! Expliquez-vous!

Elle redressa son front orgueilleux, et regardant d'Espinosa droit dans les yeux:

—Tout ce que dit M. le cardinal est l'expression de la pure vérité.