—S'il n'y avait que ce jeune homme, on pourrait, en effet, s'en débarrasser à bon compte. Mais il y a autre chose, sire. Il y a le sire de Pardaillan.

Fausta frémit. Quel accès de générosité prenait donc le roi? Allait-il faire grâce aussi à Pardaillan? A son tour elle fixa le roi comme si elle eût voulu aider, de toute sa volonté tenace, la volonté de d'Espinosa.

Mais Philippe ne songeait pas à étendre sa mansuétude jusque sur le chevalier. Il répondit donc vivement:

—Pour celui-là, je vous l'abandonne. On pourrait toutefois remettre à plus tard son exécution.

Rudement, d'Espinosa dit:

—Le sire de Pardaillan a trop longtemps attendu le châtiment dû à son insolence. Ce châtiment ne saurait être différé plus longtemps. Il y va de la majesté royale, à laquelle, moi vivant, nul ne pourra attenter sans payer ce crime de sa vie.

Le roi hocha la tête. Il ne paraissait pas très convaincu. Alors d'Espinosa, faisant peser son oeil scrutateur sur Fausta:

—Ce n'est pas tout, sire. Mme la princesse Fausta pourra vous dire que je n'invente ni n'exagère rien.

—Moi! fit Fausta surprise. En quoi mon témoignage peut-il vous être utile?

—Vous allez le savoir, madame. Des traîtres, des fous se sont trouvés, qui ont fait ce rêve insensé de se révolter contre leur roi, de soulever le pays, de déchaîner la guerre civile et de pousser sur le trône ce jeune homme précisément sur le sort duquel vous avez la faiblesse de vous apitoyer, sire.