—Laissez-moi! cria la Giralda en se débattant.
Et, prise d'une inspiration soudaine, elle se mit à crier de toutes ses forces:
—A moi! On violente la Giralda... la fiancée du Torero!
Cet appel ne faisait pas l'affaire des sacripants qui avaient mission de l'enlever. La Giralda, criant son nom, aussi populaire que celui du Torero, la Giralda, se réclamant de son titre de fiancée en semblable occurrence, avait des chances d'ameuter la foule contre les hommes de Centurion, qui n'étaient pas précisément en odeur de sainteté aux yeux du populaire.
Le galant cavalier, qui était le sergent de Centurion et comme tel commandait en son absence, comprit le danger. Il eut, à son tour, une inspiration, et, la lâchant aussitôt, il dit en faisant des grâces qu'il croyait irrésistibles:
—Loin de moi la pensée de violenter l'incomparable Giralda, la perle de l'Andalousie. Mais, senorita, aussi vrai que je suis gentilhomme et que don Gaspar Barrigon est mon nom, vous iriez au-devant d'une mort aussi certaine qu'inutile en courant par là. Montez sur cet escabeau. Voyez-vous les partisans du Torero qui l'enlèvent au nez et à la barbe des soldats chargés de l'arrêter?
—Sauvé! s'écria la Giralda, qui avait obéi machinalement à don Gaspar Barrigon, puisque tel était son nom.
Et, sautant lestement à terre, elle ajouta:
—Il faut que je le rejoigne à l'instant.
—Venez, senorita, s'empressa de dire Barrigon; sans moi, vous ne passerez jamais à travers cette multitude!