«Par le ventre de ma mère! puisque le maudit Pardaillan, protégé par tous les suppôts d'enfer, d'où il est certainement issu, est insaisissable et invincible, puisque moi, Bussi-Leclerc, je suis et resterai, tant qu'il vivra, déshonoré, à telle enseigne que je n'aurais pas le front de me montrer dans la rue, puisqu'il en est ainsi et non autrement et que je n'y puis rien, il ne me reste plus qu'un moyen de laver mon honneur: c'est de mourir moi-même. Et, puisque l'infernal Pardaillan me fait grâce, comme il dit, je n'ai plus qu'à me tuer!»
Ayant pris cette suprême résolution, il retrouva tout son calme et son sang-froid. Il trempa son front brûlant dans l'eau fraîche, et, très résolu, très maître de lui, il se mit à écrire une sorte de testament dans lequel, après avoir disposé de ses biens en faveur de quelques amis, il expliquait son suicide de la manière qui lui parut la plus propre à réhabiliter sa mémoire.
La rédaction de ce factum l'amena sans qu'il s'en aperçût jusque vers une heure de l'après-midi.
Ayant ainsi réglé ses affaires, sûr de n'avoir rien oublié, Bussi-Leclerc choisit dans sa collection une épée qui lui parut la meilleure, plaça la garde par terre, contre le mur, appuya la pointe sur la poitrine, à la place du coeur, et prit son élan pour s'enferrer convenablement.
Au moment précis où il allait accomplir l'irréparable geste, on frappa violemment à sa porte.
«Qui diable vient chez moi? grommela-t-il avec rage. Par Dieu! j'y suis. C'est l'un quelconque des trois mignons que j'ai placés chez Fausta!»
Comme si elle avait entendu, la personne qui frappait cria à travers la porte:
—Ho! monsieur de Bussi-Leclerc! Ouvrez, que diantre! De la part de la princesse Fausta!
«Tiens! pensa Bussi, ce n'est pas la voix de Montsery, ni celle de Chalabre, ni celle de Sainte-Maline.»
Et, tout rêveur, mais sans bouger encore: