Cette impression ne fut pas éprouvée que par les comparses de cette scène, car il entendit vaguement Fausta dire d'une voix que l'espoir et la joie faisaient trembler:

—Oh! serait-il devenu fou? Déjà!...

Et une autre voix impassible—celle de d'Espinosa—répondit:

—Notre besogne serait terminée, avant que d'avoir été entreprise.

Dans sa crise nerveuse poussée jusqu'à la frénésie, Pardaillan ne les voyait pas. Ils étaient assez loin de lui et ils parlaient bas, et, pourtant, il perçut nettement toutes ces paroles. En lui-même, en faisant des efforts désespérés pour retrouver un peu de calme, il grommelait:

«Or ça, j'ai donc l'air d'un fou? Peut-être le suis-je en effet. Je sens ma tête qui semble vouloir éclater. Il me paraît que ma folie, si elle persistait, serait singulièrement agréable à la douce Fausta et à son digne ami d'Espinosa!»

Et, par un effort de volonté surhumain, il réussit à se maîtriser, à retrouver, en partie, sa lucidité.

En même temps, il se mit en marche, allant droit à Bussi-Leclerc, impérieusement poussé par cette idée qui dominait en lui: châtier séance tenante le scélérat.

Et, chose singulière, dès l'instant où il s'ébranla pour une action déterminée, tout le reste disparut et son calme lui revint peu à peu.

D'Espinosa, qui observait Pardaillan, en le voyant se diriger vers Bussi-Leclerc, d'un pas rude, dans une attitude qui ne laissait aucun doute sur ses intentions, eut un soupçon de sourire, et: