—Je crois, dit-il froidement, que, tout désarmé qu'il est, le chevalier de Pardaillan va faire passer un moment pénible à ce pauvre M. de Bussi-Leclerc. Quel dommage que cet homme extraordinaire soit contre nous! Que n'aurions-nous pu entreprendre s'il avait été à nous!

Fausta approuva gravement de la tête, avec un geste qui signifiait: ce n'est pas notre faute s'il n'est pas à nous. Puis, curieusement, elle porta ses yeux sur Pardaillan avançant, l'air menaçant, sur Bussi-Leclerc qui reculait au fur et à mesure en jetant à Fausta des regards qui criaient:

«Qu'attendez-vous donc pour le faire saisir?»

Mais elle n'eut pas l'air de voir le spadassin, et, se tournant vers d'Espinosa, avec un sourire aigu, avec un accent aussi froid que le sien:

—En effet, je ne donnerais pas un denier de l'existence de M. de Bussi-Leclerc, dit-elle.

—Si vous le désirez, princesse, nous pouvons faire saisir M. de Pardaillan sans lui laisser le temps d'exécuter ce qu'il médite.

—Pourquoi? dit Fausta avec une indifférence dédaigneuse. C'est pour son propre compte et pour sa propre satisfaction que M. de Bussi-Leclerc a machiné de longue main son coup de traîtrise. Qu'il se débrouille tout seul. Nous voulons tuer Pardaillan, mais nous savons rendre un hommage mérité à sa valeur exceptionnelle. Nous reconnaissons loyalement qu'il est digne de notre respect.

D'Espinosa eut un geste d'indifférence qui signifiait que, lui aussi, il se désintéressait complètement du sort de Bussi.

Cependant, à force de reculer devant l'oeil fulgurant du chevalier, il arriva un moment où Bussi se trouva dans l'impossibilité d'aller plus loin, arrêté qu'il était par la masse compacte des troupes qui assistaient à cette scène. Force lui fut donc d'entrer en contact avec celui qu'il redoutait.

Que craignait-il? A vrai dire, il n'en savait rien.