Pendant que Pardaillan était dans la salle, le nain, horriblement inquiet, se morfondait dans le couloir, la main posée sur le ressort qui actionnait la porte invisible, ne voyant et n'entendant rien de ce qui se passait de l'autre côté de ce mur, contre lequel il s'appuyait, se doutant cependant qu'il y aurait bataille, et attendant, angoissé, le signal convenu pour ouvrir la porte et assurer la retraite de celui qu'il considérait maintenant comme un grand ami.
Lorsque Pardaillan frappa contre le mur les trois coups convenus, le nain s'empressa d'ouvrir et accueillit le chevalier triomphant avec des manifestations d'une joie aussi bruyante que sincère, qui l'émurent doucement.
—J'ai bien cru que vous ne sortiriez pas vivant de là-dedans, dit-il, quand il se fut un peu calmé.
—Bah! répondit Pardaillan en souriant, j'ai la peau trop dure, on ne m'atteint pas aisément.
—J'espère que nous allons nous en aller, maintenant? fit le Chico qui tremblait à la pensée que le Français ne s'avisât de s'exposer encore, bien inutilement, à son sens.
A sa grande satisfaction, Pardaillan dit:
—Ma foi, oui! Ce séjour est peut-être agréable pour des bêtes de nuit, mais il n'a rien d'attrayant et il est trop peu hospitalier pour d'honnêtes gens comme Chico. Allons-nous-en donc!
Le soleil se levait radieux, lorsque Pardaillan, accompagné de Chico, fit son entrée dans l'auberge de la Tour.
Dans la vaste cheminée de la cuisine, un feu clair pétillait, et la gouvernante Barbara, pour ne pas en perdre l'habitude, maugréait et bougonnait contre les jeunes maîtresses qui ne veulent en faire qu'à leur tête, et qui, après avoir passé la plus grande partie de la nuit debout, sont levées les premières et parées de leurs plus beaux atours, gênent les serviteurs honnêtes et consciencieux acharnés à leur besogne.
C'est qu'en effet la petite Juana était descendue la première, n'ayant pu trouver le repos espéré.