Elle était bien pâle, la petite Juana, et ses yeux cernés, brillants de fièvre, trahissaient une grande fatigue... ou peut-être des larmes versées abondamment. Mais, si inquiète, si fatiguée et si désorientée qu'elle fût, la coquetterie n'avait pas cédé le pas chez elle. Et c'est parée de ses plus riches et de ses plus beaux vêtements, soigneusement coiffée, finement chaussée, qu'elle allait et venait, ayant toujours l'oeil et l'oreille tendus vers la porte d'entrée, comme si elle eût attendu quelqu'un.

C'est ainsi qu'elle vit parfaitement, et du premier coup d'oeil, entrer Pardaillan, flanqué de Chico, l'air triomphant. Et, du même coup, le sourire s'épanouit sur la pourpre fleur de grenadier qu'étaient ses lèvres, ses joues si pâles rosirent, et ses yeux inquiets, comme embués de larmes, retrouvèrent tout leur éclat, comme par enchantement.

—Ah! monsieur le chevalier, vous voici de retour? s'écria-t-elle. Savez-vous que vos amis, don Cervantes et don César, sont très inquiets à votre sujet?

—Bon! fit Pardaillan en souriant, je vais les rassurer... dans un instant.

Mais, chose bizarre, Juana, qui avait, quelques heures plus tôt, si vivement pressé le Chico de sauver le chevalier, s'il était possible, Juana, qui avait prodigué des promesses sincères de reconnaissance et d'attachement, Juana ne dit pas un mot au nain, dont l'air triomphant se changea en consternation. Elle ne parut même pas le voir; ou plutôt, si. Elle lui jeta un coup d'oeil. Mais un coup d'oeil foudroyant, comme si elle eût eu à lui reprocher quelque trahison indigne.

Juana, sans plus s'occuper du nain, demandait:

—Seigneur, désirez-vous monter vous reposer tout de suite? Désirez-vous prendre quelque chose avant?

—Juana, ma jolie, je désire me restaurer d'abord. Faites-moi donc servir la moindre des choses, une tranche de pâté, avec deux bouteilles de vin de France.

—Je vais vous servir moi-même, seigneur, dit Juana.

—Honneur auquel je suis très sensible, ma belle enfant! Pendant que vous y êtes, voyez donc, s'ils ne dorment pas, à rassurer sur mon compte MM. Cervantes et El Torero.