Comme il n'était pas sot, il raisonnait avec une logique serrée que lui eussent enviée bien des hommes réputés habiles. D'ailleurs, dans cette existence de solitaire qu'il menait depuis de longues années, il avait contracté l'habitude de réfléchir longtemps et de ne parler et d'agir qu'à bon escient.

Pour lui, la question était très simple: il l'avait assez méditée... Il allait se mettre en lutte contre le pouvoir le plus formidable qui existât. Évidemment, lui, pauvre, solitaire, faible, d'intelligence médiocre—c'est lui qui parle—ne disposant d'aucune aide, d'aucune ressource, il serait infailliblement battu. Or, la partie perdue pour lui, c'était sa tête qui tombait. Tiens! ce n'était pas difficile à comprendre, cela!

Tout se résumait donc à ceci: fallait-il risquer sa tête pour une chance infime? Oui ou non? Il avait décidé que ce serait oui.

Si le Chico n'avait pas conscience de son héroïsme, Juana, en revanche, s'en rendait fort bien compte. Il se révélait à elle sous un jour qui lui était complètement méconnu.

Le jouet que, tyran au petit pied, elle avait accoutumé de tourner au gré de son humeur, avait disparu. Disparu aussi l'enfant qu'elle se plaisait à couvrir de sa protection. C'était un vrai homme qui pouvait devenir son maître.

Elle ne doutait pas qu'il ne réussît à sauver une fois encore celui qu'il appelait son grand ami. Et, plus le nain grandissait dans son esprit, plus elle sentait l'appréhension l'envahir. Elle qui, jusqu'à ce jour, s'était crue bien supérieure à lui, elle qui l'avait toujours dominé, elle courbait la tête, et, dans une humilité sincère, étreinte par les affres du doute, elle se demandait si elle était digne de lui.

C'était elle qui, maintenant, tremblait et rougissait; elle, dont les yeux suppliants semblaient mendier un mot doux, une caresse; elle qui se montrait douce, soumise et résignée; lui qui, en apparence, se montrait indifférent, très calme, très maître de soi et qui donnait là une preuve d'énergie extraordinaire dans un si petit corps, car son coeur battait à se rompre dans sa poitrine, et il avait des envies folles de se jeter à ses pieds, de baiser ses mains de patricienne, fines et blanches, qui semblaient appeler ses lèvres.

Aussi, à l'avertissement charitable qu'il lui donnait, bien persuadée, d'ailleurs, qu'il était de force à surmonter tous les obstacles, avec un regard voilé de tendresse, avec un sourire à la fois soumis et provocant, elle répondit, sans hésiter:

—Puisque tu risques la torture, je la veux risquer avec toi.

Ayant dit ces mots, elle rougit. Dans son idée, il lui semblait qu'on ne pouvait pas dire plus clairement: