—Ce que je veux en faire? Je n'en sais rien encore. Je cherche. Et, à force de chercher, je finirai bien par trouver. Pourquoi? Parce que je compte me servir de ce blanc-seing pour délivrer le seigneur de Pardaillan. Tu comprends, Juana, si on savait que cet ordre ne m'appartient pas et qu'il a été rempli arbitrairement, ce serait ma mort certaine, ce qui ne tirerait pas à bien grande conséquence, je le sais. Ce serait aussi la perte de M. de Pardaillan, et ceci est beaucoup plus important. Voilà pourquoi je te prie de me garder le secret le plus absolu. Il y va du salut de celui que nous voulons sauver tous les deux.

Il se donnait bien du mal pour lui faire comprendre qu'elle devait se taire pour l'amour de Pardaillan. Il ne se doutait pas qu'il avait donné la meilleure de toutes les raisons en disant: «Ce serait ma mort certaine», et qu'il eût pu se dispenser d'ajouter un mot de plus.

Juana avait frémi. La gorge serrée par l'émotion qui la peignait, elle murmura en joignant les mains dans un geste implorant:

—Tu peux être tranquille... on me tuera plutôt que de m'arracher une parole sur ce sujet.

Doucement, sans dépit, avec un pâle sourire:

—Oh! je sais, dit-il. Tu garderas le secret.

Et, très las, écrasé par l'effort qu'il faisait pour se contenir, il s'inclina devant elle et murmura:

—Adieu, Juana!

Et, sans ajouter un mot, sans un geste, il se dirigea vers la porte.

Alors, son coeur, à elle, éclata. Comment, il s'en allait ainsi, sans un mot d'amitié, après un adieu sec et froid, un adieu sinistre qui semblait sous-entendre qu'elle ne le reverrait plus! Pâle et défaillante, elle se dressa toute droite sur son grand tabouret de bois, et, l'esprit chaviré, un seul mot, un nom jaillit de ses lèvres frémissantes, comme un appel éperdu: