—Chico!
Ce nom ainsi lancé, c'était un aveu.
Remué jusqu'au fond des entrailles, il se retourna brusquement. Dans un geste machinal, elle lui tendait les deux mains. Elle avait à peu près perdu conscience de ses actes. Si le Chico s'était jeté sur ses mains pour les baiser, elle l'eût certainement saisi dans ses bras, l'eût soulevé et pressé sur son coeur, et c'eût été enfin le dénouement radieux de cette fantastique idylle.
Mais, sous son apparence frêle, il faut croire que le nain cachait une volonté de fer; à son appel, il s'arrêta et fit deux pas vers elle. Mais il n'alla pas plus loin. Il ne dit pas un mot, ne fit pas un geste, et, impassible, il attendit qu'elle s'expliquât.
Elle passa sa main sur son front brûlant, comme si elle eût senti sa raison l'abandonner, et, les yeux noyés de larmes, elle balbutia machinalement:
—Tu t'en vas?... Tu me quittes? Ainsi... N'as-tu donc rien d'autre à me dire?
Et comme ses yeux parlaient en posant cette question! Il fallait être aveugle et fou connue le Chico pour ne pas voir et ne pas comprendre. Brusquement, il se frappa le front comme quelqu'un qui se souvient tout à coup.
—Et la Giralda? s'écria-t-il.
Du coup, elle sentit la colère l'envahir. Quoi! pas un mot, pas un geste? Toujours la même indifférence glaciale? Il pensait à tout le monde, hormis à elle. C'en était trop. Ses bras, qu'elle tendait vaguement vers lui, s'abaissèrent lentement, son oeil se fit dur, un pli amer arqua sa lèvre pourpre, et elle gronda, agressive:
—Tu t'intéresses bien à elle!... T'aurait-elle dit aussi des choses que nulle ne t'a dites?