Comme il l'avait prévu, il put boire et manger sans éprouver aucun malaise, sans qu'aucune drogue fût mêlée à ses aliments.

Pendant trois jours, il vécut ainsi, sans voir d'autres personnes que les moines qui le servaient et le gardaient en même temps, sans jamais se départir d'un calme absolu, sans jamais lui dire une parole.

Il avait voulu les interroger, savoir, s'informer. Les religieux s'étaient contentés de le saluer gravement et profondément, et s'étaient retirés sans répondre à ses questions.

Le matin de ce troisième jour, il allait et venait dans sa prison, marchant d'un pas nerveux et saccadé pour se dérouiller, cherchant et combinant dans sa tête une foule de projets qu'il rejetait au fur et à mesure qu'ils naissaient. Il avait laissé sa fenêtre grande ouverte, comme il faisait tous les jours du reste, et il passait et repassait devant cette fenêtre.

Tout à coup, il entendit un bruit sourd. Il se retourna vivement et aperçut une balle grosse comme le poing qui venait d'être projetée, par la croisée ouverte. Avant même que de ramasser cette balle, il se précipita à la fenêtre et il aperçut une silhouette connue qui lui fit un signe furtif en traversant vivement le jardin sur lequel il avait vue.

«Le Chico! clama Pardaillan dans son esprit. Ah! le brave petit homme!... Comment diable a-t-il pu s'introduire ici?»

Il alla ramasser la balle, non sans s'assurer au préalable qu'il n'était pas épié par le judas percé au milieu de sa porte. Le judas était fermé... ou du moins il paraissait l'être.

Il alla se placer à la fenêtre, tournant ainsi le dos à la porte, et contempla l'objet qui venait de lui être jeté.

C'était un assez gros paquet de laine enroulé autour d'un corp dur. Il le défit rapidement et trouva un feuillet enroulé autour d'une pierre. Il déplia le feuillet et lut:

«Ne mangez rien, ne buvez rien de ce qu'on vous servira. On veut vous empoisonner. Avant trois jours, j'aurai réussi à vous faire évader. Si j'échoue, il sera temps pour vous de prendre le poison qui doit vous foudroyer. Patientez donc ces trois jours. Courage. Espoir.»