—Pourquoi cela, monsieur?
—Mais, sourit Pardaillan, avec son air ingénu, s'il faut mille Espagnols pour arrêter un Français, convenez que je peux être bien tranquille. Jamais S.M. Philippe d'Espagne n'aura assez de troupes pour s'emparer de la plus mince portion de la plus petite de nos provinces!
—Il vous plaît d'oublier, monsieur, que tous les Français ne valent pas M. de Pardaillan.
—Paroles précieuses, venant d'un homme tel que vous, répondit Pardaillan, en s'inclinant. Mais, prenez garde, monsieur, avec de telles paroles, vous allez m'inciter à pécher par orgueil!
—S'il en est ainsi, je suis prêtre, vous le savez, et ne vous refuserai pas l'absolution. Mais je suis venu ici m'assurer si vous ne manquez de rien et si, durant cette longue semaine de détention, on a bien eu pour vous tous les égards auxquels vous avez droit.
—Mille grâces, monsieur. Je suis on ne peut mieux traité. C'est à tel point que, lorsqu'il me faudra quitter ces lieux—car il faudra bien que je m'en aille—j'éprouverai un véritable déchirement. Mais, puisque vous êtes si bien disposé à mon égard, tirez-moi, je vous prie, de l'incertitude où je suis plongé par suite de vos paroles.
—Parlez, monsieur de Pardaillan.
—Eh bien, vous venez de dire que j'ai passé une longue semaine de détention. Quel jour sommes-nous donc?
—Samedi, monsieur, ne le savez-vous pas? fit d'Espinosa avec surprise.
—Pardonnez-moi d'insister, monsieur. Vous êtes bien sûr que c'est aujourd'hui samedi?