La porte qui venait de s'ouvrir donnait accès sur une étroite cellule. Il n'y avait là aucun meuble et la petite pièce ne recevait le jour que par la porte qui venait de s'ouvrir.

Les murs de la cellule étaient blanchis à la chaux, le sol était recouvert de dalles blanches. Tout autour couraient de petites rigoles destinées à l'écoulement des eaux. Mais quelles eaux, puisqu'il n'y avait rien là-dedans?

Par-ci par-là, sur les murs, des taches brunâtres, suspectes. Sur les dalles, des petites flaques de même teinte et de même apparence. C'était froid et sinistre, sinistre surtout. Qu'était-ce donc que cette cellule? Un cachot? Une tombe? Quoi?...

Et cependant ce lieu qui suintait l'horreur était habité. Et voici ce que les yeux exorbités de Pardaillan virent:

Au milieu de la pièce, face à la porte qui venait de s'ouvrir toute grande, un homme—une loque humaine était solidement attaché sur une sorte de chaise de bois dont les pieds étaient rivés au sol par de solides crampons de fer.

Les jambes de l'homme étaient enchaînées aux pieds de la chaise; son buste était maintenu droit contre le dossier de bois par une infinité de cordes; la tête, maintenue par un carcan de fer, ne pouvait pas faire un mouvement; presque sous le menton, une épaisse traverse de bois, percée de deux trous, pressait la poitrine de l'homme et, dans ces deux trous, ses mains emprisonnées pendaient mollement.

A côté du patient, un moine robuste, le froc relevé jusqu'à la ceinture, les larges manches retroussées laissant à nu des biceps puissants, maniait, de ses pattes énormes, de minuscules et bizarres instruments qu'il examinait attentivement sans paraître se soucier le moins du monde de la victime qui, les traits contractés par l'horreur et l'angoisse, le regardait faire avec des yeux où luisait une épouvante qui confinait à la folie.

Le moine obéissait sans doute à des ordres préalablement donnés, car, sans jeter un coup d'oeil sur les spectateurs de cette scène fantastique, il se mit à l'oeuvre dès qu'il eut terminé l'inspection de ses instruments.

Il saisit le pouce du condamné dans une petite pince qu'il avait prise. Aussitôt, malgré les liens qui l'enserraient de toutes parts, l'homme eut une secousse terrible, à faire croire qu'il allait briser ses cordes; en même temps un hurlement long, lugubre, terrifiant, s'échappa de ses lèvres contractées.

Le moine, impassible, secoua son outil. Quelque chose de blanc et de rouge tomba sur les dalles, tandis que, du bout du doigt qu'il venait de lâcher, une petite pluie rouge tombait goutte à goutte sur le sol et l'ensanglantait: le moine venait d'arracher l'ongle. Posément, méthodiquement, avec une lenteur effroyable, le moine-bourreau saisit l'index comme il avait saisi le pouce. Le supplicié se tordit comme un ver, une expression de souffrance atroce s'étendit sur sa face convulsée; le même hurlement, qui n'avait plus rien d'humain, se fit entendre à nouveau, suivi de la même petite pluie sanglante, du même geste indifférent du bourreau jetant négligemment à terre l'ongle auquel adhéraient des lambeaux de chair.