Conduisant Pardaillan, toujours surveillé de près par son escorte de moines-geôliers, d'Espinosa tourna à gauche, se dirigeant tout droit vers le bâtiment qui occupait la largeur du jardinet.
Or, chose étrange, et qui glaça Pardaillan, dès que le bruit de leurs pas se fit entendre sur le gravier de l'allée, il perçut comme une galopade furieuse de l'autre côté du rideau de verdure qui masquait la cage. Puis une rumeur, comme une bousculade, un bruit de branches froissées, des faces humaines hâves, décharnées, des yeux luisants ou mornes, se montrèrent de-ci de-là entre les barreaux, et une plainte déchirante, monotone, s'éleva soudain:
«Faim!... Faim!... Manger!... Manger!...»
Et, presque aussitôt, une voix rude cria:
—Attendez, chiens, je vais vous faire retourner à la niche!
Puis le claquement sec d'un fouet, suivi du bruit flou d'une lanière cinglant un corps, suivi à son tour d'un hurlement de douleur. Ensuite, une fuite éperdue et la même voix rude accompagnant chaque coup de fouet de ce cri, toujours le même:
«A la niche! A la niche!»
Voilà ce qu'entrevit Pardaillan en une vision rapide comme un éclair. Et, en jetant un coup d'oeil angoissé sur la cage fantastique, il songea:
«Quelle abominable surprise me réserve encore ce maître-bourreau?
D'Espinosa s'arrêta devant le corps de bâtiment. Un moine se détacha du groupe, vint ouvrir les cadenas qui maintenaient extérieurement un fort volet de bois. Le volet ouvert tout grand démasqua une ouverture garnie d'épais barreaux croisés.