—J'ai voulu, fit-il doucement, que vous fussiez bien pénétré de cette pensée qu'irrémissiblement condamné, tout ce que vous venez de voir n'est rien auprès de ce qui vous attend. J'ai fait pour vous ce que je n'aurais fait pour nul autre. C'est une marque d'estime que je devais à votre caractère intrépide, que j'admire plus que quiconque, croyez-le bien.
—Fort bien, monsieur. Je me tiens pour dûment averti. Et, maintenant, faites-moi reconduire dans mon cachot... ou ailleurs... A moins que vous n'en ayez pas fini avec les spectacles du genre de ceux que vous venez de me montrer.
—C'est tout... pour le moment, fit d'Espinosa impassible.
Et, se tournant vers les moines:
—Puisqu'il le désire, reconduisez M. le chevalier de Pardaillan à sa chambre. Et n'oubliez pas que j'entends qu'il soit traité avec tous les égards qui lui sont dus.
Et, revenant à Pardaillan, il ajouta avec un air de grande sollicitude:
—Allez donc, monsieur de Pardaillan, et surtout mangez. Mangez et buvez... Ne faites pas comme ce matin, où vous n'avez rien pris. La diète est mauvaise dans votre situation. Si ce qu'on vous sert n'est pas de votre goût, commandez vous-même ce que vous désirez. Rien ne vous sera refusé. Mais, pour Dieu, mangez!
—Monsieur, dit poliment Pardaillan, sans rien montrer de l'étonnement que lui causait cette affectueuse insistance, je ferai de mon mieux. Mais j'ai un estomac fort capricieux. C'est lui qui commande, et je suis bien obligé de lui obéir.
—Espérons, dit gravement d'Espinosa, que votre estomac se montrera mieux disposé que ce matin.
—Je n'ose trop y compter, dit Pardaillan en s'éloignant au milieu de son escorte de moines-geôliers.