Lorsqu'il se retrouva quelques instants plus tard dans sa chambre, Pardaillan se mit à marcher de long en large avec agitation.

«Pouah! songeait-il, la venimeuse bête! Comment ai-je pu résister à la tentation de l'étrangler de mes mains?

Et, avec un sourire qui eût donné le frisson au grand inquisiteur, s'il l'avait vu:

«Bah! il l'a bien dit: il était gardé de près. Je n'aurais pas eu le temps de l'atteindre. Et j'y aurais gagné de me voir enchaîner. Mes mains restent libres. Qui sait si une occasion ne se présentera pas? Alors...

Et son sourire se fit plus aigu.

Las de s'agiter, il se jeta dans le fauteuil et se mit à réfléchir profondément, repassant dans son esprit les scènes qui venaient de se dérouler, jusque dans leurs plus petits détails, évoquant les moindres gestes, les coups d'oeil les plus furtifs, se rappelant les paroles les plus insignifiantes en apparence, et s'efforçant de tirer la vérité de ses observations et de ses déductions.

Deux moines lui apportèrent son dîner. Avec des yeux luisants de convoitise, ils étalèrent amoureusement les provisions sur la table, alignèrent respectueusement les flacons aux formes diverses, et, au lieu de se retirer, comme ils faisaient d'habitude, ils restèrent en contemplation devant la table, semblant attendre que le chevalier fît honneur à ce repas soigné. Voyant qu'il ne se décidait pas, un des deux moines demanda:

—Monsieur le chevalier ne veut donc pas manger?

Surmontant la répulsion que lui inspiraient ses deux gardiens, Pardaillan répondit doucement:

—Tout à l'heure, peut-être... Pour le moment, je n'ai pas faim.