—Pourquoi? demandait Pardaillan.

—Hélas! mon frère, on nous a formellement interdit d'accepter rien de vous.

—Sous peine de la discipline, ajoutait l'autre.

—La discipline et autres châtiments corporels, et l'in pace, et la diète forcée et...

—N'en parlons plus, interrompait Pardaillan.

Et, en lui-même, il ajoutait:

«Pardieu! ils n'auraient garde d'y goûter: les sacripants savent que ces mets sont empoisonnés.»

Dans ce troisième jour, frère Bautista et frère Zacarias (pourquoi ne ferions-nous pas connaître les noms des deux moines gardiens?) se montrèrent plus affectés que jamais, affectés et furieux; navrés, parce qu'ils enrageaient de voir tant de si succulentes choses; furieux, parce qu'ils n'étaient pas éloignés de croire que leur prisonnier s'obstinait ainsi uniquement pour leur faire pièce. Or, voici qu'à l'heure du dîner les deux moines se présentèrent devant Pardaillan comme d'habitude. Seulement, au lieu de dresser le couvert dans la chambre, frère Bautista, qui paraissait radieux ainsi que son digne acolyte Zacarias, annonça d'une superbe voix de basse:

—Si monsieur le chevalier veut bien passer au réfectoire, nous aurons l'honneur de lui servir le dîner.

Pardaillan fut ébahi de cette annoncé: Que signifiait cette fantaisie et quelle surprise douloureuse ou quel piège dissimulait-elle?