Quelques instants plus tard, il introduisait le Torero auprès de Fausta et, après avoir refermé la porte sur lui, il se retirait discrètement.

En voyant Fausta, don César fut ébloui. Jamais beauté aussi accomplie n'était apparue à ses yeux ravis. Avec une grâce juvénile, il s'inclina profondément devant elle, autant pour dissimuler son trouble que par respect.

Fausta remarqua l'effet qu'elle produisait sur le jeune homme. Elle esquissa un sourire. Cet effet, elle avait cherché à le produire, elle l'espérait. Il se réalisait au-delà de ses désirs. Elle avait lieu d'être satisfaite.

D'un oeil exercé, elle étudiait le jeune prince qui attendait dans une attitude pleine de dignité, ni trop humble ni trop fière. Cette attitude, pleine de tact, la mâle beauté du jeune homme, son élégance sobre, dédaigneuse de toute recherche outrée, le sourire un peu mélancolique, l'oeil droit, très doux, la loyauté qui éclatait sur tous ses traits, le front large qui dénotait une intelligence remarquable, enfin la force physique que révélaient des membres admirablement proportionnés dans une taille moyenne, Fausta vit tout cela dans un coup d'oeil, et, si l'impression qu'elle venait de produire était tout à son avantage, l'impression qu'il lui produisait, à elle, pour être prudemment dissimulée, ne fut pas moins favorable.

De cet examen très rapide, qu'il soutint avec une aisance remarquable, sans paraître le soupçonner, le Torero se tira tout à son avantage. Chez Fausta, la femme et l'artiste se déclarèrent également satisfaites.

Tout le plan de Fausta dépendait de la décision qu'allait prendre le Torero. Cette décision elle-même dépendait de l'effet qu'elle produirait sur lui.

Qu'il se dérobât, qu'il refusât de renoncer à son amour pour la Giralda, et ses plans se trouvaient singulièrement compromis.

L'oeuvre n'était pas irréalisable pourtant, du moins elle l'espérait. Et, quant à sa difficulté même, pour une nature combative comme la sienne, c'était un stimulant.

Quant à la Giralda, qui pouvait être sa pierre d'achoppement, on a déjà vu qu'elle avait pris une décision à son égard. C'était très simple, la Giralda disparaîtrait. Si puissant que fût l'amour du Torero, il ne tiendrait pas devant l'irréparable, c'est-à-dire la mort de la femme aimée. Il était jeune, ce Torero, il se consolerait vite. Et, d'ailleurs, pour activer sa guérison, elle avait une couronne à lui donner.

Fausta ne connaissait qu'un seul être au monde capable de rester froid devant d'aussi puissantes tentations: Pardaillan.