—A présent? fit Pardaillan.
—A présent, tout dort au couvent, le père pitancier comme les autres. Impossible de vous donner la moindre des choses. Quel malheur!
—Bah! fit Pardaillan, qui commençait à se rassurer, un jour d'abstinence de plus ou de moins, je n'en mourrai pas. Si j'avais seulement un peu d'eau pour humecter mes lèvres. Enfin, n'en parlons plus. J'attendrai jusqu'à demain... si toutefois il est bien vrai qu'on n'ait pas décidé de me laisser mourir de faim.
Le lendemain, à l'heure du petit déjeuner, toujours pas de moines. Et Pardaillan se demanda si, après l'avoir assommé de prévenances, après l'avoir accablé d'une profusion de mets délicats, alors qu'il était résolu à ne rien prendre, on n'allait pas, maintenant, lui laisser indéfiniment tirer la langue. Enfin, à l'heure du grand déjeuner, les deux gardiens parurent, et, avec des mines lugubres, annoncèrent que «les viandes de monsieur le chevalier étaient servies».
Pardaillan commençait à si bien désespérer qu'il leur fit répéter l'annonce, croyant avoir mal entendu. Certain que le repas l'attendait, et qu'avec ce repas son sort serait définitivement réglé, il retrouva son calme et son assurance. Souriant de la mine piteuse des deux moines qui, pensait-il, avaient dû être vertement tancés, il bougonna:
—Comment se fait-il que, devant vous absenter toute la journée, vous n'ayez pas eu la précaution de me munir des aliments nécessaires?
—Mais... puisque vous refusez tout ce que nous vous offrons, s'écria naïvement Bautista.
—Est-ce une raison?... Hier, précisément, j'étais disposé à manger.
—Est-ce possible!...
—Puisque je vous le dis.