—Vous avez besoin de quelque chose? fit une voix doucereuse qui n'était pas celle de ses gardiens ordinaires.

—Je veux manger, fit brutalement Pardaillan. A moins que vous n'ayez résolu de me laisser crever de faim, auquel cas je vous prierai de me le faire savoir.

—Vous voulez manger! fit la voix sur un ton de surprise manifeste. Et qui vous en empêche? N'avez-vous pas tout ce qu'il vous faut dans votre chambre?

—Je n'ai rien, mort de tous les diables! Et c'est pourquoi je vous demande de me dire si vous avez résolu de me laisser périr de faim!

—Vous laisser mourir de faim, bonté divine! Y pensez-vous? Les frères Zacarias et Bautista ont dû garnir votre table, je présume.

—Je n'ai rien, vous dis-je, gronda Pardaillan, qui se demandait si on ne se moquait pas de lui, pas le plus petit morceau de pain, pas une goutte d'eau.

—Ah! mon Dieu!... les deux étourdis vous ont oublié!

La voix paraissait sincèrement navrée. Quant à étudier la physionomie pour se rendre compte si on ne jouait pas la comédie, il ne fallait guère y songer. A travers les étroites lamelles de cuivre et dans la demi-obscurité d'un couloir éclairé par quelques veilleuses, l'oeil perçant de Pardaillan lui-même ne percevait guère que des contours indécis.

—Enfin, s'écria-t-il, comment se fait-il que je ne les aie pas vus aujourd'hui?

—Ils ont demandé et obtenu la permission de sortir du couvent. Oh! pour la journée seulement! Mais on pensait qu'ils auraient eu la précaution de vous fournir les provisions nécessaires à la journée avant de s'absenter. Ah! si monseigneur apprend de quelle négligence ils se sont rendus coupables... je ne voudrais pas être à leur place... Mais vous, monsieur, pourquoi avoir attendu si longtemps? Pourquoi n'avoir pas prévenu des le déjeuner? On vous aurait servi à l'instant... Tandis que, à présent...