«Diable! songea Pardaillan déçu, aurais-je trop attendu? M. d'Espinosa aurait-il changé d'idée et, renonçant au poison, voudrait-il me prendre par la faim?
Il attendit sans trop de regret, ce petit déjeuner étant un repas frugal, très léger, qui n'eût pu le satisfaire après le long jeûne qu'il venait d'endurer.
L'heure du grand déjeuner arriva à son tour. Et les moines ne parurent toujours pas.
Cette fois, Pardaillan commença de s'inquiéter pour de bon.
«Il n'est pas possible que ce soit un oubli, songeait-il en arpentant nerveusement sa chambre. Il doit y avoir quelque chose... Mais quoi?... D'Espinosa aurait-il deviné qu'aujourd'hui j'étais résolu à affronter son poison?... Le Chico aurait-il fait quelque tentative imprudente?... Se serait-il laissé prendre?... Si je m'informais?...»
Il se dirigea vers la porte. Mais, au moment de frapper au judas, il s'arrêta, indécis.
«Non, fit-il en s'éloignant lentement, je ne veux pas leur laisser voir que j'attends ma pitance avec impatience... quoique, à tout prendre... Patientons encore.»
L'heure de la collation passa. Puis, l'heure du dîner vint à son tour. Les moines demeurèrent invisibles. Enfin, l'heure du souper vint et passa sans amener les moines.
«Morbleu! fit rageusement Pardaillan, je veux savoir à quoi m'en tenir!»
Résolument, il se dirigea vers le judas et frappa. On ouvrit aussitôt.