—Qu'à cela ne tienne! s'écria vivement Bautista qui, tout borné qu'il fût, ne manquait pas d'à-propos. Choisissez vous-même.
En disant ces mots, il posait délicatement le verre sur la table, et, d'un geste large, il désignait les flacons rangés en bon ordre.
Les deux moines faillirent se trouver mal.
De cette lutte extraordinaire quoique bizarre, Pardaillan sortit vainqueur, mais anéanti, brisé, et, dès qu'il eut réintégré sa cellule, il tomba sans forces dans son fauteuil. Une journée de fatigues physiques les plus dures l'eut moins fatigué que l'effort moral énorme qu'il venait de faire.
Il ne faut pas oublier qu'il y avait trois longs jours qu'il n'avait pris de nourriture, et il se trouvait dans un état de faiblesse compréhensible, mais qui ne laissait pas que de l'inquiéter.
La fièvre le minait, et la soif, l'horrible soif qui contractait sa gorge en feu et tuméfiait ses lèvres desséchées, le faisait cruellement souffrir.
Il avait des bourdonnements qui, à la longue, devenaient exaspérants, et, ce qui était plus grave, des éblouissements fréquents, qui le laissaient dans un état de prostration qui ressemblait singulièrement à l'évanouissement. Enfoncé dans son fauteuil, il grondait en songeant aux deux moines:
«Les scélérats, m'ont-ils assez assassiné!... Vit-on jamais acharnement pareil?... Ils ne m'ont pas fait grâce du plus petit plat. Comment ai-je pu résister à la faim qui me tenaille? car j'ai faim, mordieu! j'enrage de faim et de soif... Ah! par ma foi! j'ai fait ce que j'ai pu!
Arrive qu'arrive, demain je mangerai.
Le lendemain, l'heure du petit déjeuner arriva, et les moines ne parurent pas.