C'est a croire qu'on venait d'allumer brusquement, au-dessus de sa tête, un soleil dont les éclats fulgurants lui brûlaient les yeux. Et, en même temps, par un phénomène inexplicable, la chaleur diminuait, une douce fraîcheur lui succédait. Mais cette fraîcheur ne fit que s'accentuer et se changea rapidement en un froid glacial. Si bien que, après avoir été en nage, il grelottait dans son coin.
Avec le froid intense succédant à la chaleur torride, un autre phénomène se produisit: des émanations délétères envahirent son cachot, une puanteur insupportable vint le suffoquer. Et, toujours, cet infernal soleil qui lardait ses prunelles de milliers de coups d'épingle atrocement douloureux chaque fois qu'il se risquait à ouvrir les paupières.
Pardaillan, asphyxié, à demi terrassé peut-être par la congestion, avait roulé sur le sol. Le délire s'était emparé de lui, un râle étouffé coulait sans interruption de ses lèvres glacées, et, parfois, un gémissement plaintif alternait avec le râle. Et les heures s'écoulèrent, douloureuses, mortelles, sans qu'il en eût conscience.
Brusquement, l'éclat du soleil s'atténua. Le cachot fut encore vivement éclairé, mais cette lumière, du moins, était très supportable. En même temps, un déplacement d'air violent, tel que le produit un puissant ventilateur, balaya les mauvaises odeurs qui infectaient le cachot, et l'air redevint respirable. Puis, aussitôt, des bouffées de chaleur attiédirent l'atmosphère, pendant que des bouffées de parfums très doux achevaient de chasser ce qui pouvait rester de miasmes épars dans l'air.
Rapidement, ce cachot, où il avait failli être terrassé tour à tour par la chaleur et le froid, par l'asphyxie et la congestion, ce cachot, où il avait failli être aveuglé par les éclats puissants d'un soleil factice, redevint habitable. Il éprouva aussitôt les bienfaisants effets de cet heureux changement. Le délire fit place à une sorte d'engourdissement qui n'avait rien de douloureux, les râles cessèrent, la respiration redevint normale. Peu à peu, cette sorte d'engourdissement disparut. Il retrouva non pas cette admirable intelligence qui le faisait supérieur à ceux qui l'entouraient, mais un vague embryon de conscience.
C'était peu. C'était cependant une amélioration notable, comparée à l'état où il se trouvait avant.
Nous avons dit qu'il avait roulé par terre. C'est sur son manteau que nous aurions dû dire.
En effet, malgré la chaleur—on était au gros de l'été—par suite d'on ne sait quelle inexplicable fantaisie, tout à coup, il s'était enveloppé dans son manteau et n'avait plus voulu s'en séparer. Cette fantaisie remontait au jour de ce fameux et unique repas qu'il avait fait dans cette merveilleuse salle à manger, aménagée à son intention.
Pendant ce repas, il avait gardé son manteau, et, depuis, il ne l'avait plus quitté, ni jour ni nuit.
Les dignes frères Bautista et Zacarias avaient fort bien remarqué cette bizarrerie, sans y attacher d'importance, d'ailleurs.