Sorti de la dangereuse position où il se trouvait, il se hâta de se mettre hors d'atteinte et, accroupi au milieu du cachot, en continuant d'émettre des gémissements, comme fasciné, il regardait les trois faux d'un air stupide.

Alors, les deux faux horizontales, placées exactement sur la même ligne, se mirent automatiquement en branle, se refermant à fond l'une sur l'autre, comme les deux branches d'une paire de ciseaux. Puis elles s'ouvrirent, et ce fut alors la faux verticale qui s'abaissa pour se relever dès que les autres se rapprochaient pour se croiser.

Ce mouvement rapide des trois faux ressemblait au jeu régulier de trois monstrueux hachoirs, alternant, avec une précision mécanique, à coups carrément rythmés, malgré leur rapidité. Et chaque fois qu'une des faux se fermait à fond ou s'ouvrait toute grande, cela produisait, sur la cloison, un bruit sec qui éclatait comme le bruit d'une baguette frappant un tambour. En sorte que, avec la rapidité acquise, ces bruits, d'abord espacés, se changèrent en un roulement continu qui remplit le cachot d'un bourdonnement sonore.

Lorsque le mouvement de ces trois faux fut régulièrement établi, à côté, une deuxième série de trois faux fit son apparition, et, comme la première, elle se mit en mouvement automatiquement. Et le roulement devint plus fort. Enfin une troisième, une quatrième et une cinquième série apparurent et se mirent en branle.

Alors, d'une extrémité à l'autre de la cloison diabolique, Pardaillan ne vit plus que l'éclat fulgurant de l'acier tombant et se relevant avec une rapidité prodigieuse. Il était interdit de s'approcher de cette cloison, sous peine d'être happé par les faux et haché menu comme chair à pâté. Et le roulement devint assourdissant.

Pardaillan, hors de l'atteinte des faux, ne pouvait détacher ses yeux exorbités de ce spectacle fantastique. Et la même plainte lugubre fusait de ses lèvres, sans répit.

Tout à coup, il tressaillit. Il venait de sentir le plancher s'écrouler sous lui. Tout d'abord, il crut s'être trompé.

La peur—car il avait une peur affreuse, peur de mourir haché par ces horrifiantes lames, il avait peur, lui! Pardaillan!—la peur, donc, lui donnait une lueur de lucidité qui lui permettait d'observer et de raisonner.

Mais, comme il contemplait toujours les faux en mouvement, il vit bientôt qu'il ne s'était pas malheureusement trompé. En effet, il n'y avait pas à en douter, le plancher s'inclinait dans la direction de la machine à hacher.

C'était le nom que, d'instinct, il avait spontanément donné, dans son esprit, à cette effroyable invention. Il s'inclinait si bien, même, que sous chacun de ces groupes, qui était comme une pièce dont le tout constituait la machine, une quatrième faux venait d'apparaître.