«Grâce!» gémit Pardaillan, sans chercher d'ailleurs à éviter le coup.
Le bras du moine retomba doucement sans frapper. Il hocha la tête en le regardant, toujours avec la même attention curieuse, et murmura:
«Il est inutile de le prévenir que je lui apporte sa pitance d'un jour: il ne comprendrait pas. Il est inutile de le frapper, c'est un enfant inoffensif.»
Et il sortit.
Pardaillan resta longtemps sans bouger, dans le coin où il s'était réfugié. Peu à peu, il se risqua, écarta son bras, et, ne voyant plus personne, rassuré, il reprit son jeu avec le pan de son manteau.
Deux fois, le moine se présenta ainsi pour renouveler ses provisions. Chaque fois, la même scène se produisit. La troisième fois, le moine était accompagné d'Espinosa. Et, cette fois encore, Pardaillan montra la même terreur enfantine.
«Vous voyez, monseigneur, fit le moine, c'est toujours ainsi. Le sire de Pardaillan n'existe plus, c'est maintenant un enfant faible et peureux. De toutes les secousses qu'il a reçues, et aussi grâce à mon philtre, il ne reste plus qu'un sentiment vivant en lui: la peur. Son intelligence remarquable: abolie. Sa force extraordinaire: détruite. Regardez-le! Il ne peut même pas se tenir debout. C'est miracle vraiment qu'il soit encore vivant.
—Je vois, dit paisiblement d'Espinosa. Je connaissais la puissance dévastatrice de votre poison. J'avoue cependant que je redoutais qu'il ne produisît pas tout l'effet désirable. C'est que le sujet sur lequel nous avions à l'appliquer était doué d'une constitution exceptionnellement vigoureuse. Vous avez trouvé là quelque chose de vraiment remarquable.
Pendant cet entretien, Pardaillan, réfugié dans son coin, le visage enfoui dans son bras, secoué de tremblements convulsifs, gémissait doucement. Et le grand inquisiteur et le moine savant parlaient et agissaient devant lui comme s'il n'eût pas existé.
—Pour ce que j'ai à lui dire, reprit d'Espinosa, après un silence passé à considérer froidement le prisonnier de l'Inquisition, j'ai besoin qu'il retrouve un moment l'intelligence nécessaire pour me comprendre.