—J'étais prévenu, dit le moine avec une paisible assurance, j'ai apporté ce qu'il faut. Quelques gouttes de la liqueur contenue dans ce flacon vont lui rendre ses forces et son intelligence. Mais, monseigneur, l'effet de cette liqueur ne se fera sentir guère plus d'une demi-heure.

—C'est plus qu'il m'en faut pour ce que j'ai à lui dire.

Le moine, sans s'attarder davantage, s'approcha du prisonnier qui redoubla de gémissements, mais ne fit pas un geste pour éviter l'approche de celui qui l'effrayait à ce point.

Avec autorité, le moine saisit le coude, écarta le bras, mit le visage de Pardaillan à découvert, sans que celui-ci opposât la moindre résistance, fît autre chose que de continuer à gémir doucement. Le moine écarta les lèvres et approcha son flacon. Il allait verser la liqueur, préalablement dosée, lorsque, posant sa main sur son bras, d'Espinosa l'arrêta en disant:

—Faites attention, mon révérend père, que je vais rester en tête-à-tête avec le prisonnier. Cette liqueur doit lui rendre sa vigueur, dites-vous, il ne faudrait pourtant pas que je sois exposé...

—Rassurez-vous, monseigneur, fit respectueusement le moine, le prisonnier retrouvera, pour quelques jours, sa vigueur primitive. Mais son intelligence sera à peine galvanisée. L'idée ne lui viendra pas de faire usage de sa force redoutable. Il restera ce qu'il est maintenant: un enfant craintif. J'en réponds.

Et, sur un geste d'autorisation, il vida le contenu d'un minuscule flacon entre les lèvres du prisonnier qui, d'ailleurs, n'opposa aucune résistance, et, se redressant:

—Avant cinq minutes, monseigneur, le prisonnier sera en état de vous comprendre... à peu près, dit-il.

—C'est bien, dit le grand inquisiteur. Allez, fermez la porte à l'extérieur et remontez sans m'attendre.

—Et monseigneur? dit-il respectueusement.