—Je vous reconnais... Vous êtes d'Espinosa... Oui... Je me souviens... Vous m'avez fait souffrir... la faim, l'horrible faim et la soif... et cette galerie abominable où l'on suppliciait tant de pauvres malheureux!...

—Enfin! tu te souviens!

—N'approchez pas!... hurla le fou au comble de l'épouvante. Je vous reconnais... Que voulez-vous?

—Cette fois, tu me reconnais bien. Oui, tu étais un homme fort et vaillant, et maintenant qu'es-tu? Un enfant qu'un rien épouvante. Et c'est moi qui t'ai mis dans cet état. Tu me comprends un peu, Pardaillan; une vague lueur d'intelligence illumine en ce moment ton cerveau. Mais tout à l'heure la nuit se fera de nouveau en toi et tu redeviendras ce que tu étais à l'instant: un pauvre fou.

—Et sais-tu qui m'a donné l'idée de t'infliger les tortures qui devaient faire sombrer ton intelligence? Ton amie Fausta. Oui, c'est elle qui a eu cette idée que je n'aurais pas eue, je l'avoue. Oui, tu l'as dit: je vais te tuer. Oh! ne crie pas ainsi. Je ne veux pas te tuer d'un coup de poignard, ce serait une mort trop douce et trop rapide. Tu mourras lentement, dans la nuit, muré dans une tombe. Tu achèveras de mourir par la faim, l'horrible faim, comme tu disais tout à l'heure. Regarde, Pardaillan, voici ton tombeau.

En disant ces mots, d'Espinosa avait sans doute actionné quelque invisible ressort, car une ouverture apparut soudain, au milieu d'une des parois du cachot.

D'Espinosa prit la lampe d'une main, alla chercher Pardaillan et le saisit de l'autre, et, sans qu'il opposât la moindre résistance, car, le malheureux, inconscient de sa force revenue, se contentait de gémir, il le traîna jusqu'à cette ouverture, et, élevant sa lampe pour qu'il pût mieux voir:

—Regarde, Pardaillan! répéta-t-il d'une voix vibrante. Vois-tu? Ici, pas de lumière, autant dire pas d'air. C'est une tombe, une véritable tombe où tu te consumeras lentement par la faim. Nul au monde ne connaît ce tombeau; nul que moi.

—Et sais-tu? Pardaillan, tiens, je vais te le dire à seule fin que ton supplice soit plus grand—si toutefois tu te souviens de mes paroles—ce tombeau qui tout à l'heure sera le tien, il a une issue secrète que, seul, je connais.

—Tu la chercheras cette issue, Pardaillan, cela te fera une occupation qui te distraira. Tu la chercheras, car tu ne veux pas mourir maintenant. Mais tu ne la trouveras pas. Nul que moi ne saurait la trouver. Et moi, dans un instant, je sortirai d'ici pour ne plus y revenir. Mais, avant de sortir, je vais te pousser là et toi, en posant le pied sur cette dalle que tu vois là, devant toi, tu actionneras toi-même le ressort de la porte de fer qui doit te murer vivant là-dedans.