—D'Espinosa? répéta le fou qui cherchait à se souvenir. D'Espinosa!... je connais ce nom-là...
Et, tout à coup, il parut avoir trouvé.
—Oh! s'écria-t-il, en donnant tous les signes d'une vive terreur... Oui, je me souviens!... D'Espinosa... c'est un méchant... prenez garde... il va nous battre!
—Ah! gronda d'Espinosa, tu commences à te souvenir. Oui, je suis d'Espinosa et toi tu es Pardaillan. Pardaillan, l'ami de Fausta.
—Fausta! dit le fou sans hésitation; j'ai connu une femme qui s'appelait ainsi. C'est une méchante femme!...
—C'est bien celle-là, sourit d'Espinosa. La mémoire te revient tout à fait.
Mais le dément avait une idée fixe et il la suivait sans défaillir. Il se pencha sur d'Espinosa et, sur un ton confidentiel:
—Vous me plaisez, dit-il. Écoutez, je vais vous dire, il ne faut pas jouer avec d'Espinosa et Fausta. Ce sont des méchants... Ils nous feront du mal.
—Misérable fou! grinça d'Espinosa, impatienté. Je te dis que d'Espinosa c'est moi. Rappelle-toi!
Il l'avait pris par les deux mains et, penché sur lui, à deux pouces de son visage, il fixait sur lui un regard ardent comme s'il avait espéré lui communiquer ainsi un peu de cette intelligence qu'il s'était acharné à abolir. Et, soit par hasard, soit qu'il eût réussi à lui imposer sa volonté, le fou poussa un grand cri, se dégagea d'une brusque secousse, se rencogna dans un angle du cachot, et, d'une voix qui haletait, il râla: