—Vous avez bien voulu témoigner quelque intérêt à une personne qui m'est chère. Permettez-moi, madame, avant toute chose, de vous en exprimer ma gratitude.
Et il était en effet très ému, le pauvre amoureux de la Giralda. Jamais créature humaine ne lui avait produit un effet comparable à celui que lui produisait Fausta.
Jamais personne ne lui en avait imposé autant.
Fausta lisait clairement dans son esprit, et elle se montrait intérieurement de plus en plus satisfaite. Allons, allons, la constance en amour, chez l'homme, était décidément une bien fragile chose. Cette petite bohémienne, à qui elle avait fait l'honneur d'accorder quelque importance, comptait décidément bien peu. La victoire lui paraissait maintenant certaine, et, si une chose l'étonnait, c'était d'en avoir douté un instant.
Mais l'allusion du Torero à la Giralda lui déplut. Elle mit quelque froideur dans la manière dont elle répondit:
—Je ne me suis intéressée qu'à vous, sans vous connaître. Ce que j'ai fait, je l'ai fait pour vous, uniquement pour vous. En conséquence, vous n'avez pas à me remercier pour des tiers qui n'existent pas pour moi.
A son tour, le Torero fut choqué du suprême dédain avec lequel elle parlait de celle qu'il adorait.
Dès l'instant où cette princesse Fausta paraissait vouloir s'attaquer à l'objet de son amour, il retrouva une partie de son sang-froid, et ce fut d'une voix plus ferme qu'il dit:
—Cependant, ce tiers qui n'existe pas pour vous, madame, m'a assuré que vous aviez été pleine de bonté et d'attentions à son égard.
—Bontés, attentions—s'il y en a eu réellement—dit Fausta d'un ton radouci et avec un sourire, je vous répète que tout cela s'adressait à vous seul.