Pardaillan posa le manteau et la lampe par terre. Dans ce tombeau, comme dans les deux précédents cachots où il venait de séjourner, il n'y avait aucun meuble; pas de fenêtre, pas de porte. Il lui eût été difficile de retrouver l'emplacement de la porte secrète, qui s'était refermée d'elle-même.
Pardaillan accomplissait ses gestes avec un calme prodigieux. La facilité avec laquelle il avait à demi étranglé son ennemi et l'avait projeté dans ce trou prouvait que ses forces lui étaient revenues.
Ce n'était d'ailleurs pas le seul changement survenu dans sa personne. En même temps que la vigueur, l'intelligence paraissait lui être revenue.
Il n'avait plus cet air morne, hébété, peureux qu'il avait quelques instants plus tôt. Il avait ce visage impénétrable, froidement résolu, et cependant nuancé d'ironie, qu'il avait autrefois, lorsqu'il se disposait à accomplir quelque coup de folie.
Il se dirigea vers d'Espinosa, le fouilla sans hâte, prit le parchemin, qu'il étudia attentivement, et, ayant reconnu que ce n'était pas une copie, mais l'original parfaitement authentique, il le plia soigneusement et, à son tour, il le mit dans son sein.
Ceci fait, il prit la dague, qu'il passa à sa ceinture, et s'assura que d'Espinosa n'avait pas d'autre arme cachée, ni aucun papier susceptible de lui être utile, le cas échéant et, n'ayant rien trouvé, il s'assit paisiblement à terre, près de la lampe et du manteau, et attendit avec un sourire indéchiffrable aux lèvres.
Assez promptement, le grand inquisiteur revint à lui. Ses yeux se portèrent sur Pardaillan et, en voyant cette physionomie qui avait retrouvé son expression d'audace étincelante, il hocha gravement la tête, sans dire un mot.
Pas un instant, il ne perdit cet air calme, rigide, qui était le sien. Son regard se posa sur celui de Pardaillan, aussi ferme et assuré que s'il avait été dans le palais, entouré de gardes et de serviteurs. Il ne montra ni étonnement, ni crainte, ni gêne. Seulement, son oeil de feu ne cessait pas de scruter Pardaillan avec une attention passionnée.
Il se disait qu'il avait encore une chance de salut, puisque le remède, grâce à quoi son prisonnier avait retrouvé assez de lucidité pour essayer de l'entraîner dans la mort avec lui, perdrait toute sa force stimulante au bout d'une demi-heure.
Il s'agissait donc de se dérober à une nouvelle attaque du prisonnier jusqu'à ce que, le stimulant n'ayant plus d'action, il redevînt ce qu'il était avant, ce qu'il resterait jusqu'à sa mort: un enfant inoffensif et peureux.