En somme, lui, d'Espinosa, était vigoureux et adroit. Il ne chercherait pas à lutter contre son adversaire; tous ses efforts se borneraient à éviter un corps à corps dans lequel il savait bien qu'il serait battu. Il fallait gagner quelques minutes. Toute la question se résumait à cela.
Coûte que coûte donc, il gagnerait les quelques minutes nécessaires. Et, si le prisonnier devenait trop menaçant, il s'en débarrasserait d'un coup de dague.
Voilà ce que se disait le grand inquisiteur en étudiant Pardaillan, cependant que sa main, sous la robe rouge, cherchait la dague qu'il avait cachée. Alors seulement il s'aperçut qu'il n'avait plus cette arme sur laquelle il comptait en cas de suprême péril.
Il sentit la sueur de l'angoisse perler à la racine de ses cheveux. Mais il montra le même visage impassible, le même regard aigu qui n'avait rien perdu de son assurance. Et comme il croyait toujours que Pardaillan, en le saisissant à la gorge, avait obéi à un mouvement tout impulsif, non raisonné, il pensa que dans sa chute la dague s'était peut-être détachée de sa ceinture et qu'elle gisait à terre, peut-être tout près de lui. Il fallait la retrouver à l'instant. Et du regard il se mit à fureter partout.
—Alors, avec cet air d'ingénuité aiguë, sur un ton narquois, le prisonnier lui dit:
—Ne cherchez pas plus longtemps, voici l'objet.
Et en disant ces mots il frappait doucement sur la poignée de la dague passée à sa ceinture et il ajoutait avec un sourire railleur:
—Je vous remercie, monsieur, d'avoir eu l'attention de songer à m'apporter une arme...
D'Espinosa ne sourcilla pas. C'était un lutteur digne de se mesurer avec le redoutable adversaire qu'il avait devant lui.
Au même instant, une idée lui traversa le cerveau comme un éclair et, d'un geste instinctif, il porta les mains à son sein où il avait caché le fameux parchemin.