D'Espinosa le considéra longuement sans mot dire, puis, avec un long soupir:

—Quel dommage, fit-il, qu'un homme tel que vous ne soit pas à nous!

Et voyant que Pardaillan se hérissait:

—Rassurez-vous, reprit-il, je ne prétends pas essayer de vous soudoyer. Ce serait vous faire injure. Je sais que les hommes de votre trempe se dévouent à une cause qui leur paraît belle et juste... mais ne se vendent pas.

Et il demeura un moment songeur sous l'oeil narquois de Pardaillan, qui l'observait sans en avoir l'air et respectait sa méditation. Enfin il redressa la tête, et regardant son adversaire en face, sans trouble apparent, sans provocation, avec une aisance admirable:

—Et maintenant que je suis votre prisonnier—car je suis votre prisonnier—que comptez-vous faire?

—Mais, fit Pardaillan avec son air le plus naïf et comme s'il disait la chose la plus naturelle du monde, je compte vous prier d'ouvrir cette fameuse porte secrète, et que vous êtes seul au monde à connaître, et qui nous permettra de sortir de ce lieu, qui n'a rien de bien plaisant.

—Et si je refuse? demanda d'Espinosa sans sourciller.

—Nous mourrons ensemble ici, dit Pardaillan avec une froide résolution.

—Soit, dit d'Espinosa avec non moins de résolution, mourons ensemble. Au bout du compte le supplice sera égal pour tous les deux, et si la vie mérite un regret, vous aurez ce regret au même degré que moi.