En ce moment, grâce à la présence du roi à Séville, l'ennui pesait plus que jamais sur la garnison, attendu qu'il était interdit, sous peine de mort, de sortir du château, sous quelque prétexte que ce fût, à moins d'un ordre formel du roi ou du grand inquisiteur.

Cette défense, bien entendu, ne concernait que les officiers et soldats, et non les serviteurs.

La grand-route passait au pied de l'éminence que dominait le château. Là, elle bifurquait et s'ouvrait un sentier, assez large pour permettre à la litière royale de passer. C'était le seul chemin visible qui permettait d'aboutir du château à la route.

Il devait certainement y avoir d'autres voies souterraines qui permettaient de gagner la campagne, mais personne ne les connaissait, à part le gouverneur, et encore n'était-ce pas bien sûr.

Telles étaient les explications que le Chico avait données à Pardaillan. Lorsqu'ils arrivèrent au pied de l'éminence, il était un peu plus de dix heures.

Pardaillan était donc en avance de près d'une heure sur l'heure que lui avait indiquée d'Espinosa.

D'un coup d'oeil expert, il eût tôt fait de se rendre compte de la disposition, et vit avec satisfaction que toute personne qui sortirait de la forteresse devait passer forcément devant lui. Donc, il était impossible qu'on emmenât la Giralda sans qu'on la vît.

En attendant, il plaça le Chico en sentinelle, derrière un quartier de roche, dans un endroit assez éloigné de la porte d'entrée.

Il n'avait nullement besoin de faire surveiller cet endroit, mais il tenait à ce que le petit homme qui, en tant que combattant, ne pouvait lui être d'aucune utilité, ne se trouvât pas exposé inutilement.

Après quoi, tranquille de ce côté, il vint se poster à quelques toises du pont-levis, en se dissimulant de son mieux dans l'herbe qui poussait, haute et drue, sur les côtés, bordant les fossés de la petite esplanade qui s'étendait devant l'entrée du château fort. Et il attendit.