Barba Roja avait espéré s'amuser aux dépens de Pardaillan. Il aurait dû cependant se souvenir de la scène de l'antichambre royale et savoir qu'à ce jeu-là, comme aux autres, il n'était pas de force à se mesurer avec lui.
Du premier coup, il perdit son sang-froid. En entendant Pardaillan lui rappeler que, somme toute, il lui avait sauvé la vie, il étrangla de honte et de fureur. Il ne chercha plus à railler et à s'amuser, et il grinça:
—Misérable mécréant! c'est bien pour cela que ma haine pour toi s'est encore accrue... ce que je n'aurais pas cru possible...
—Parbleu! dit froidement Pardaillan. Quant aux étrivières, on les applique aux petits garçons malappris tels que vous. Je ne sais ce qui me retient de vous les appliquer séance tenante... ne fût-ce que pour voir si vous sautez toujours aussi bien... Vous souvenez-vous, mon petit?
Barba Roja écumait. Il acheva de perdre la tête et, sans trop savoir ce qu'il disait, cria:
—Ça, que veux-tu?
—Moi? fit Pardaillan de son air le plus naïf. Je veux simplement te débarrasser du fardeau de cette jeune fille... Tu vois bien qu'elle est trop lourde pour tes faibles bras... Tu vas la laisser choir, mon petit!
—Place! par le Christ! hurla le colosse.
—On ne passe pas! répéta Pardaillan en lui présentant la pointe de sa rapière.
A ce moment-là, il n'avait qu'une crainte: c'est que le colosse ne s'obstinât à garder la jeune fille dans ses bras, ce qui l'eût fort embarrassé.