—Il ne faut pas pleurer, insista doucement le blessé. Vois-tu, il vaut mieux que je m'en aille... J'aurais été une gêne pour toi... et moi... j'aurais été très malheureux!

—Luis!... Luis!...

—Car, vois-tu, je puis bien te le dire maintenant... puisque je vais mourir...

Et, comme s'il eût voulu être bien sûr avant de dire ce qu'il avait à dire, il insista en fixant Pardaillan:

—Car je vais mourir, n'est-ce pas?

Et il faut croire que le pauvre Pardaillan, dans son désespoir, n'avait plus toute sa présence d'esprit, car, au lieu de le réconforter par des paroles d'espoir, comme le lui commandait l'humanité la plus élémentaire, il cacha sa tête dans ses mains, pour dissimuler ses larmes, sans doute, et, en même temps, de la tête, il disait frénétiquement: «Oui! Oui!»

Sans remarquer cette insistance féroce, le nain continua, toujours avec la même douceur:

—Puisque je vais mourir... je puis bien te le dire, Juana... je t'aimais... je t'aimais bien.

—Hélas!... moi aussi, gémit la jeune fille.

—Mais moi, fit le blessé avec un triste sourire, moi, Juana, je ne t'aimais pas comme une soeur... j'aurais... voulu faire de toi... ma... ma femme! Il ne faut pas m'en vouloir, je ne t'aurais jamais dit cela... mais je vais mourir... ça n'a plus d'importance. Rappelle-toi, Juana... je t'aimais...