Il arriva que le médecin confirma de tous points ses propres paroles. Avant huit jours, le blessé serait sur pied... C'était miracle qu'il n'eût pas été tué roide.

Tranquille sur ce point, Pardaillan, malgré la chaleur, s'enveloppa dans son manteau et s'éclipsa à la douce, sans rien dire à personne. Dehors, il se mit à marcher d'un pas rude dans la direction du Guadalquivir, et, avec un sourire terrible, il murmura:

«A nous deux, Fausta!»

Fausta, après l'arrestation de Pardaillan et l'enlèvement de don César, était rentrée chez elle, dans cette somptueuse demeure qu'elle avait sur la place San Francisco.

Pardaillan aux mains de l'Inquisition, elle s'efforça de le rayer de son esprit et de ne plus songer à lui.

Toutes ses pensées se portèrent sur don César et, par conséquent, sur les projets ambitieux qu'elle avait formes et qui avaient tous pour base son mariage avec le fils de don Carlos.

Les choses n'étaient peut-être pas au point où elle les eut voulues; mais, à tout prendre, elle n'avait pas lieu d'être mécontente.

Pardaillan n'était plus. La Giralda était aux mains de don Almaran, qui avait eu la stupidité de se faire blesser par le taureau, mais qui, tout blessé qu'il fût ne lâcherait pas sa proie. Le Torero était dans une maison à elle, chez des gens à elle.

En ayant la prudence de laisser oublier les événements qui s'étaient produits lors de l'arrestation projetée du Torero, en s'abstenant surtout de se rendre elle-même dans cette maison, elle était à peu près certaine que d'Espinosa ne découvrirait pas la retraite où était caché le prince.

Plus tard, dans quelques jours, lorsque l'oubli et la quiétude seraient venus, elle ferait transporter le prince dans sa maison de campagne et elle saurait bien le décider à adopter ses vues. Plus tard, aussi, lorsque cette vaste intrigue serait bien amorcée, elle s'occuperait de son fils... le fils de Pardaillan.