En ce qui concernait don Almaran, elle avait appris que, complètement remis, il avait projeté d'aller le lendemain au château de Bib-Alzar, où l'appelait il ne savait quelle affaire.
Fausta avait souri. Elle savait, elle, quelle était cette affaire qui appelait Barba Roja à la forteresse de Bib-Alzar. Et elle était rentrée chez elle.
Or, ce jour, une heure environ après le moment où nous avons vu Pardaillan s'éloigner en murmurant: «A nous deux, Fausta!», la princesse se trouvait dans ce petit oratoire de sa maison de campagne qui, on ne l'a pas oublié sans doute, communiquait par une porte secrète avec les sous-sols mystérieux de la somptueuse demeure.
Au moment où nous pénétrons dans cette petite pièce, très simplement meublée, Fausta terminait un long entretien qu'elle venait d'avoir avec le Torero.
—Madame, disait le Torero d'une voix très triste, croyant m'amener à accepter vos propositions en levant certains scrupules que j'avais, vous avez eu la cruauté de me faire connaître la douloureuse et sombre vérité sur ma naissance. Peut-être eût-il été plus humain de me laisser ignorer cette fatale vérité!... N'importe, le mal est fait, il n'y a plus à y revenir... Mais votre but n'est pas atteint. A quoi bon vous obstiner inutilement? Je ne suis pas le frénétique ambitieux que vous avez souhaité, et, maintenant plus que jamais, je suis résolu à ne pas me dresser contre celui qui est et restera, pour moi, le roi... pas autre chose. Mon ambition, madame, est de me retirer dans ce beau pays de France avec mon ami M. de Pardaillan, et de tâcher de me faire ma place au soleil. Le rêve de ma vie est de finir mes jours avec la compagne que j'ai choisie.
—Oh! gronda Fausta avec rage, aurai-je donc toujours cette cruelle déception, croyant m'adresser à des hommes, de ne rencontrer que des femmes... de misérables et faibles femmes, qui ne vivent que de sentiment!... Pourquoi ne suis-je pas un homme moi-même?... Ce Pardaillan que tu veux suivre, sais-tu seulement ce qu'il est devenu?
—Que voulez-vous dire? s'exclama le Torero, qui ignorait l'arrestation du chevalier.
—Mort! dit Fausta d'une voix glaciale. Mort, ce Pardaillan dont la pernicieuse influence t'a soufflé ta stupide résistance. Mort fou... fou furieux... Ah! ah! ah! un fou furieux était tout désigné pour servir de modèle à cet autre fou que tu es toi-même! Et c'est moi, moi Fausta, qui l'ai acculé à la folie, moi qui l'ai précipité dans le néant.
—Par le Christ! madame, si ce que vous dites est vrai, votre...
D'un geste violent, Fausta l'interrompit.