—Mais que vois-je?... Mais oui, c'est Jean Leclerc!... Comment des gentilshommes aussi accomplis peuvent-ils se commettre en semblable compagnie! Fi! messieurs, vous me chagrinez!... Mais regardez-le donc!... Voyez, sur sa joue, la trace de la main que voici, et qui s'abattit sur sa face suant la peur, est encore apparente!... Fi donc!
Ces paroles produisirent l'effet qu'il en attendait. Sans dire un mot, les dents serrées, fou de honte et de fureur, Bussi-Leclerc coupa court aux compliments alambiqués en se ruant, l'épée haute, et les autres bondirent à la rescousse.
Pendant un moment, qui parut mortellement long à Fausta gardée à vue par le Torero, on n'entendit, dans le petit cabinet, que le froissement du fer et le souffle rauque des combattants qui s'escrimaient en silence.
La pièce était petite; si simplement meublée qu'elle fût, les quelques meubles qu'elle renfermait diminuaient encore l'espace et gênaient les mouvements.
Les quatre bravi se gênaient mutuellement plus qu'ils ne s'aidaient.
Pardaillan était plus libre de ses mouvements qu'eux. Il était resté le dos tourné à la porte secrète ouverte derrière lui.
Fausta avait immédiatement remarqué ce détail. Elle se disait que si Pardaillan avait voulu il aurait pu l'entraîner avec lui, bondir par cette ouverture, repousser la porte et il se serait ainsi dérobé à la lâche agression des quatre. Il ne l'avait pas fait: donc il ne l'avait pas voulu.
Pourquoi? Parce qu'il était sûr de battre ses agresseurs, se répondait Fausta.
Et un morne désespoir lentement s'emparait d'elle Elle voyait, elle sentait que Pardaillan serait vainqueur.
Les quatre s'animaient; ils frappaient d'estoc et de taille, ils bondissaient, renversant les obstacles, se ruaient en avant, rompaient d'un bond de fauve, s'écrasaient sur le parquet pour se relever aussitôt, et maintenant les injures, les menaces les plus effroyables sortaient de leurs bouches crispées.