Le roi reçut fort aimablement M. l'ambassadeur et l'assura que l'Espagne ne ferait aucune difficulté pour reconnaître Sa Majesté de Navarre comme roi de France le jour où Elle se convertirait à la religion catholique.
D'Espinosa pria l'ambassadeur de bien vouloir accepter un souvenir que le grand inquisiteur lui offrait personnellement, comme au plus brave, au plus digne gentilhomme qu'il eût jamais eu à combattre.
Ce souvenir, que Pardaillan accepta avec une joie visible, était une épée de combat, une longue, solide et merveilleuse rapière, signée d'un des meilleurs armuriers de Tolède.
Pardaillan l'accepta d'autant plus volontiers que ce n'était pas là une arme de parade, mais une bonne et solide rapière très simple. Seulement, en rentrant à l'auberge, il s'aperçut que cette rapière si simple avait sa garde enrichie de trois diamants dont le plus petit valait pour le moins cinq à six mille écus.
Le Chico, qui se remettait à vue d'oeil, grâce à la constante sollicitude de «sa petite maîtresse», se vit doter, par la générosité reconnaissante du Torero, d'une somme de cinquante mille livres, ce qui ne contribua pas peu à le faire bien voir du brave Manuel, lequel n'avait pas consenti sans faire la grimace au mariage de sa fille, la jolie et riche Juana, avec ce bout d'homme, gueux comme Job de biblique mémoire.
Pardaillan voulut assister au mariage du nain, estimant qu'il lui devait bien cette marque d'amitié.
D'ailleurs on peut dire sans exagérer que ce mariage fut un véritable événement et que tout ce que la ville comptait de huppés et même de gens de la cour eut la curiosité d'assister à cette union qualifiée d'extravagante par plus d'un. Mais, quand on vit l'adorable couple qu'ils formaient, un concert de louanges et de bénédictions s'éleva de toutes parts.
Il va sans dire que, dès que le petit homme avait été en état de le faire, Pardaillan avait repris consciencieusement ses leçons d'escrime et se montrait surpris et émerveillé des progrès rapides de son élève.
Enfin, Pardaillan reprit la route de France, emmenant avec lui le Torero et sa fiancée, la jolie Giralda, lesquels avaient résolu de s'unir en France même.
Un mois environ après son départ de Séville, Pardaillan apportait à Henri IV le précieux document conquis au prix de tant de luttes et de périls, et lui rendait un compte minutieux de l'accomplissement de sa mission.