III
LE FILS DU ROI
Un long moment, Fausta considéra silencieusement, avec une sombre satisfaction, le jeune homme qui paraissait accablé de douleur.
Elle avait mené toute cette partie de son entretien avec une habileté infernale.
Sérieusement documentée, elle savait que le roi Philippe, qui n'inspirait que la terreur à la majorité de ses sujets, était abhorré par une minorité composée d'une élite dans laquelle tous les éléments de la société fraternisaient, momentanément unis dans la haine et l'horreur que leur inspirait le sombre despote.
Grands seigneurs aux idées libérales, artistes, savants, soldats, bourgeois, aventuriers, gens du peuple, on trouvait de tout dans cette minorité. Le mécontentement était assez général, assez profond pour qu'un mouvement occulte fût tenté par quelques-uns, ambitieux ou illuminés, dont le désintéressement ne pouvait être suspecté. Nous avons vu Fausta présider et diriger à son gré une réunion de ces révoltés. Qu'un mouvement sérieux vînt à se dessiner, et une foule d'inconnus ou d'hésitants se joindraient a ceux qui auraient donné le branle.
Fausta savait tout cela.
Elle savait encore que le Torero était au nombre de ceux pour qui le nom du roi était synonyme de meurtre, de fureur sanglante, et à qui il n'inspirait que haine et horreur. De plus, chez le Torero, la haine du tyran se doublait d'une haine personnelle pour celui qu'il accusait d'avoir assassiné son père.
La haine du Torero pour le roi Philippe existait de longue date, farouche et tenace, et Fausta le savait. Si le Torero ne s'était pas affilié à ceux qui cherchaient, dans l'ombre, à frapper, ou tout au moins à renverser le despote, ce n'était pas par prudence ou par dédain. Sa haine était personnelle, et il était résolu à l'assouvir personnellement.
Tels étaient les sentiments de don César à l'égard du roi Philippe au moment où Fausta s'était dressée devant lui pour lui crier: «C'est ton père!»