Et ceci, c'était le chef-d'oeuvre de Fausta, qui avait savamment soufflé la haine dans son coeur, la haine contre son père, et qui, soudain, pour excuser cette haine monstrueuse, pour la justifier, pour la rendre plus profonde, plus tenace, pour la sanctifier, en quelque sorte, avait fait intervenir sa mère.

Maintenant, le Torero, ballotté, déchiré entre ces sentiments divers, n'était plus qu'une loque humaine dont elle pourrait disposer à sa guise.

Le plus fort était fait, le reste ne serait qu'un jeu. Le Torero, le fils du roi, était à elle, elle n'avait qu'à tendre la main pour le prendre. Elle serait reine, impératrice, elle dominerait le monde par lui—car il ne serait jamais qu'un instrument entre ses mains.

Et, en attendant, il fallait le lâcher sur celui qu'elle lui avait dit être son père. Il fallait lui faire admettre l'idée d'un meurtre, régicide doublé de parricide, en le parant des apparences d'une légitime défense.

Et, comme le jeune prince demeurait toujours muet, les yeux exorbités obstinément fixés sur le roi, doucement, de ses propres mains, Fausta poussa les battants de la fenêtre, laissa retomber les lourds rideaux, dérobant à ses yeux une vue qui lui était si pénible.

En effet, dès qu'il ne vit plus le roi, don César poussa un long soupir de soulagement et parut sortir d'un rêve angoissant comme un cauchemar.

Fausta, voyant qu'il s'était ressaisi et qu'il était maintenant à même de continuer l'entretien, dit doucement d'une voix grave où perçait une sourde émotion:

—Excusez-moi, monseigneur, de vous avoir si brutalement dévoilé la vérité. Les circonstances ont été plus fortes que ma volonté et m'ont emportée malgré moi.

Le Torero fut secoué d'un frisson qui le parcourut de la nuque aux talons. Ce titre de «monseigneur» avait pris dans la bouche de Fausta une ampleur insoupçonnée.

En même temps, chose curieuse, ce titre lui causa une impression pénible qu'il traduisit en répétant avec amertume et en secouant la tête: