—Monseigneur!...
—C'est le titre qui vous revient de droit, dit gravement Fausta, en attendant mieux.
Que signifiait ce: en attendant mieux? L'intendant de la princesse avait, presque textuellement, prononcé les mêmes paroles. Que lui voulait-on, décidément? Il résolut de le savoir au plus tôt, et, comme Fausta lui indiquait son siège en disant: «Daignez vous asseoir», le Torero s'assit, bien résolu à tirer au clair tout ce qui lui paraissait obscur dans l'extraordinaire aventure qui lui arrivait.
—Ainsi, madame, dit-il d'une voix très calme en apparence, vous prétendez que je suis fils légitime du roi Philippe?
Fausta le fouilla d'un regard pénétrant, et ne put s'empêcher de rendre intérieurement hommage à la force d'âme de ce jeune homme.
«Décidément, songea-t-elle, ce petit aventurier n'est pas le premier venu. Il a une dose d'orgueil vraiment royale. Tout autre à sa place, eût accepté la révélation que je lui ai faite en exultant. Celui-ci reste froid. Il ne se laisse pas éblouir, il discute, et, je crois. Dieu me pardonne! que son plus cher désir serait d'acquérir la preuve que je me suis trompée. Serait-il dénué d'ambition à ce point? Après avoir eu le malheur de me heurter a un Pardaillan, aurai-je cet autre malheur d'avoir mis la main sur un de ces désabusés, un de ces fous pour qui fortune, naissance, puissance, couronne même, ne sont que des mots vides de sens?»
En songeant ainsi, elle levait vers le ciel un regard chargé d'imprécations et de menaces, comme si elle eût sommé Dieu de lui venir en aide.
Et, à la question du Torero, qui ne la suspectait pas personnellement, elle répondit du tac au tac:
—Des documents, d'une authenticité indiscutable, que je possède, des témoins, dignes de foi, prétendent que vous êtes fils légitime du roi Philippe. Et c'est pourquoi je le dis. Mais je ne prétends rien, personnellement, croyez-le bien. Au surplus, je vous l'ai dit, un jour très prochain, je mettrai toutes ces preuves sous vos yeux.
Très doucement, le Torero dit: